Si la domination doit se poursuivre...

Si la domination étrangère du Québec doit se poursuivre à vitam eternam, si la subordination de la société québécoise à un pouvoir extérieur n'est que fatalité, alors j'exige, au nom de tout ce qui est juste et saint, que les Québécois obtiennent, en contrepartie de leur malheur héréditaire, le droit de choisir eux-mêmes, de la façon la plus démocratique qui soit, leur propre dominateur.

Las d'une supervision coloniale d'abord française (1608 - 1759), puis anglaise (1759 - 1841), puis à la fois anglaise et canadienne-anglaise (1841 - 1931) et finalement canadienne-anglaise seulement (1931 - ), les peuples du Québec désirent certainement changer de poison.

Ne serait-il pas distrayant en effet de subir pendant quelques temps, tour à tour, tantôt le joug hispanisant et socialisant du régime cubain, ou une supervision hellène toute philosophique, ou une prison politique à la turque, ou une oppression irlandaise toute en gaieté et compassion, ou encore une rigide, inflexible, austère mais fort pédagogique subordination allemande ?

Face à l'injustice et l'humiliation d'une domination stérile qui commence à être ennuyeuse pour les deux parties, je demande, au nom de tous mes concitoyens québécois, les morts autant que les vivants, qu'on change l'accent et le drapeau de nos maîtres et ce de façon périodique et à intervalle régulier.

En conséquence, je demande que nous puissions nous-mêmes désigner notre dominateur par un tirage au sort effectué parmi les États volontaires reconnus par l'ONU depuis au moins 30 ans, un peu comme l'on désignait la plupart des magistratures aux jours glorieux de la démocratie athénienne. Le pays dominateur, ainsi désigné, se devrait d'être aussi tyrannique que bon lui semble pour une période d'exactement 1000 jours. Au terme de son mandat, il perdrait son éligibilité et serait retiré du lot jusqu'à ce que tous les États volontaires aient occupés le Québec tour à tour. Et alors on recommencerait, à vitam eternam.

Et bien décidé à ne jamais déterminer notre avenir politique nous-mêmes, à laisser l'impérialisme, domestiqué par le principe démocratique, nous guider là où les intérêts étrangers nous pourraient mener, nous n'aurions plus qu'à prier tous les dieux, de toutes les religions sans discrimination aucune, et espérer, à genoux, que nos dominateurs soient plus souvent bons et généreux que méprisants et cupides, plus souvent des anciennes colonies africaines pleines de vie et d'humanité, que des métropoles européennes en mal de puissance s'imaginant être héritières de l'Empire de Rome.

Droits des peuples amérindiens et du peuple inuit

Texte paru une première fois en mars 2004 dans le cadre de la Saison des idées du Parti québécois


Libérer les 12 peuples membres de la communauté politique québécoise

Le mouvement indépendantiste se réclame du droit à l'autodétermination des peuples lorsqu'il propose la sécession de la province de Québec, ce qui aurait pour conséquence de faire du corps des citoyens du Québec le seul corps à exercer, de fait et de droit, la souveraineté politique sur le territoire d'un nouvel État indépendant. Si les peuples autochtones sont des peuples, et ils le sont, le mouvement indépendantiste ne peut en toute logique que défendre le même droit de ces peuples à se gouverner librement sur les territoires qu'ils habitent, à défaut de pouvoir faire sécession dans les circonstances qui sont les leurs.

Ces considérations nous amènent inévitablement à traiter de la question des rapports de nation à nation qui prévaudront dans l'État libre que nous les indépendantistes voulons bâtir. En effet, en accédant au statut d'État souverain, le Québec récupérera la totalité des pouvoirs présentement à Ottawa et sera donc entièrement responsable de la gestion des « affaires » autochtones.

Dans les limites du pouvoir législatif de la province de Québec, qu'avons-nous fait jusqu'à présent pour développer des rapports d'égalité entre tous les peuples du Québec?

En 1977, la Charte de la langue française, dans son préambule, affirme que :

L'Assemblée nationale reconnaît aux Amérindiens et aux Inuit du Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de maintenir et de développer leur langue et culture d'origine.

Dans le chapitre VIII portant sur l'éducation, deux articles portent sur les autochtones:

87. Rien dans la présente loi n'empêche l'usage d'une langue amérindienne dans l'enseignement dispensé aux Amérindiens ou de l'inuktitut dans l'enseignement dispensé aux Inuit.

88. Malgré les articles 72 à 86, dans les écoles relevant de la commission scolaire crie ou de la commission scolaire Kativik, conformément à la Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis (chapitre I-14), les langues d'enseignement sont respectivement le cri et l'inuktitut ainsi que les autres langues d'enseignement en usage dans les communautés cries et inuit du Québec à la date de la signature de la Convention visée à article 1 de la Loi approuvant la Convention de la Baie James et du Nord québécois (chapitre C-67), soit le 11 novembre 1975. ...

Le 20 mars 1985, l'Assemblée nationale, alors majoritairement composée de députés du Parti québécois, adopte une Motion portant sur la reconnaissance des droits des autochtones. La résolution ne mentionnait cependant que dix nations autochtones. La nation malécite, vraisemblablement oubliée, a été reconnue a son tour en 1989. Partant de la reconnaissance formelle de ces nations, on a fait découlé un certain nombre de droits collectifs permettant à ses nations de se développer distinctement.

En continuité avec ces gestes politiques et d'autres qui ont suivis par la suite, Daniel Turp, alors député du Bloc québécois, incluait les droits collectifs des autochtones du Québec dans la constitution transitoire qu'il avait ébauché à l'époque du référendum de 1995.

Les indépendantistes ont, jusqu'à présent, démontré qu'ils prenaient les droits des autochtones au sérieux.

Jusqu'où le mouvement indépendantiste québécois est-il prêt à aller pour respecter sa propre logique? Les indépendantistes sont-ils bien déterminés à libérer les 12 peuples qui habitent le territoire du Québec ou s'imaginent-ils que, dans la République québécoise, le nouveau gouvernement québécois jouera le rôle que joue le gouvernement fédéral dans le présent système politique?

Malheureusement, je constate qu'il n'y a pas de consensus là où il devrait y en avoir un à mon avis. Voici ce que je propose en mon nom personnel :

Causes communes

L'alliance entre les opprimés est juste et naturelle. - Louis-Joseph Papineau

1. Que le mouvement indépendantiste s'allie de façon formelle avec toutes les organisations québécoises et internationales de défense des droits autochtones. Faisons cause commune sur la défense de nos droits, de nos langues et de nos cultures respectives. Nous avons tous à y gagner. Je propose la mise sur pied d'une Union septentrionale des peuples du Québec qui aura pour mission d'unir tous les peuples distincts du Québec dans un projet de libération multinational reposant sur la création d'un nouvel État souverain là où il y a présentement une province non-souveraine.

2. Que le mouvement indépendantiste reconnaisse formellement les principes suivants :

  • Les Inuits, les Abénakis, les Algonquins, les Attikamekws, les Cris, les Hurons-Wendats, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks, les Innus et Naskapis forment des communautés nationales distinctes jouissant toutes du droit à l'autodétermination.
  • Les peuples autochtones ont été sont et continueront d'être négativement affectés par la supériorité numérique des francophones sur le territoire du Québec. Si les francophones ne représentent que 2 % de la population d'une Amérique du Nord anglophone, le autochtones ne représentent que 1 % de la population d'un Québec francophone.
  • Dans un Québec devenu indépendant, les peuples amérindiens et le peuple inuit jouiront d'un droit constitutionnel de prendre leurs propres décisions collectives par le biais de leurs propres institutions politiques autonomes sur des territoires qui seront reconnus explicitement comme des pays autochtones.
  • Le caractère distinct des sociétés humaines évoluant à l'intérieur de nos pays autochtones jouira de la reconnaissance que l'État fédéral n'a pas daigné accorder au Québec dans le Canada.

Constitutionnalisation des droits collectifs

La meilleure garantie que nous puissions donner aux peuples autochtones qu'ils ne seront pas laissés pour compte une fois l'indépendance réalisée, est de leur accorder une place de choix dans l'Assemblée constituante qui sera appelée à rédiger la constitution du Québec libre. Ce qui devrait se trouver dans la constitution d'un Québec véritablement libre c'est une constitutionnalisation des tous les droits collectifs, dont le droit à l'autodétermination, de tous les peuples se trouvant en situation minoritaire sur le territoire du Québec. Dans cette optique, je suggère:

3. Qu'une citoyenneté territoriale soit établie pour les nationalités autochtones des onze pays autochtones.

4. Qu'à l'intérieur du cadre constitutionnel de la République québécoise, les gouvernements autochtones aient la pleine et entière souveraineté dans toutes les juridictions que les députés autochtones de la constituante jugeront de leurs compétences.

5. Que les corps législatif et exécutif québécois n'aient pas le privilège constitutionnel d'outrepasser les compétences exclusives des gouvernements autochtones. ( Les institutions législative et exécutive autochtones seraient bien évidemment tenues de respecter la constitution et les lois de la République tant et aussi longtemps qu'elles évolueraient à l'intérieur du cadre constitutionnel québécois. L'idée est de rendre inconstitutionnel toute invasion arbitraire de l'État républicain dans les champs de compétence exclusivement réservés aux institutions autochtones sur leurs territoires.)

6. Que les corps législatifs autochtones aient la liberté de recourir, au moment de leur choix, à un mécanisme de dévolution des pouvoirs inscrit dans la constitution du Québec. Par le vote majoritaire de leurs assemblées de représentations, les peuples autochtones pourraient réclamer et obtenir de nouvelles responsabilités. ( Le mécanisme en question devrait aussi permettre aux peuples autochtones de tenir un référendum portant sur l'indépendance totale de leur territoire si telle était la volonté de la majorité dans l'avenir. )

Renaissance du Quatrième monde

7. Qu'en plus de la constitutionnalisation des droits collectifs des peuples autochtones, le législateur québécois adopte, envers les peuples autochtones, les politiques suivantes :

  • Politique de reconnaissance des torts causés aux peuples autochtones des Amériques par les colonisations européennes. (Je suggère que le peuple québécois fasse élever un monument à la mémoire des millions d'autochtones morts de maladies importées par les colons européens. Ce pourrait être une initiative québécoise à laquelle seraient invitées à participer chacun des peuples colonisateurs et chacune des nouvelles nations issues de la colonisation européenne.)
  • Politique d'assistance au développement des communautés autochtones qui viendrait réparer les dommages historiques incalculables qui ont découlé de l'instauration des réserves amérindiennes en 1851, de la promulgation de la Loi sur les Indiens en 1876 et de la colonisation européenne en général. Cette politique devrait être élaborée par un conseil constitué de représentants de toutes les nations du Québec libre et administrée par les gouvernements autochtones.
  • Politique de promotion des langues et des cultures autochtones au Québec et dans le monde.

8. Que, dans le but de promouvoir le rayonnement des langues et des cultures autochtones au Québec et dans le monde, le législateur québécois adopte les politiques suivantes :

  • Création de l'Office québécois des langues afin de soutenir autant la langue française que les langues autochtones
  • L'apprentissage obligatoire d'une langue seconde autochtone au niveau collégial
  • Des programmes d'enseignement de l'histoire du Québec révisés afin que le récit des histoires nationales autochtones ne s'arrête plus à la Conquête, comme s'ils avaient cessés d'exister après la guerre de Pontiac, et que, de façon générale, les réalités culturelles et sociales des autochtones du Québec et des Amériques soient mieux traitées et ne soit plus l'affaire de quelques spécialistes qui publient à l'intention d'autres spécialistes.
  • Politique de développement de divers quartiers culturels autochtones au coeur des principales villes du Québec. Je trouve l'invisibilité de la présence autochtone à Montréal, là où l'on célèbre tant la diversité culturelle issue des autres continents, particulièrement honteuse. Nous ne semblons pas avoir le sens des priorités. Il me semble que notre devoir envers l'humanité nous commande d'aider ceux qui en ont vraiment besoin et ceux que nous pouvons le plus aider. Ceci n'exclus pas l'entraide et le partage international, mais en notre qualité de citoyens du Québec, nous sommes les mieux placés pour aider des peuples qui justement ont besoin que leurs langues et cultures soient valorisées par ceux qui les entourent.

Conclusion

En constitutionnalisant les droits des peuples autochtones et en s'engageant à réparer les dommages causés aux populations humaines qui occupaient déjà le territoire du Québec à l'arrivée des pouvoirs coloniaux européens, non seulement le mouvement indépendantiste québécois éviterait-il d'être en contradiction ses propres thèses, mais il s'attirerait l'appui indéfectible de l'opinion internationale. En effet, dans la majorité des pays du Nord, en Europe particulier, les peuples autochtones jouissent d'un capital de sympathie que les Québécois n'auront jamais car ils sont associés à l'élément colonisateur et non l'élément colonisé. Il faudrait que nous soyons non seulement sans coeur, immoral et inconséquent mais en plus très mauvais stratège pour ne pas comprendre, en ce début de vingt-et-unième siècle, le très grand rôle que le mouvement indépendantiste québécois est à même de jouer dans la défendre des droits des peuples les plus opprimés de la Terre.

La seule question à résoudre à ce niveau me semble être celle-ci : « Sommes-nous assez braves pour le faire? »

À moins que ce ne soit « Somme-nous encore nationalistes pour les bonnes raisons? ».

Mathieu Gauthier-Pilote, Membre du Parti Québécois et du RIQ Le 24 novembre 2003

Notes

1. http://www.olf.gouv.qc.ca/charte/charte/

2. http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/amnord/quebecautocht.htm

3. http://www.saic.gouv.qc.ca/publications/Positions/Partie3/Document19.pdf

4. http://www.autochtones.gouv.qc.ca/relations_autochtones/ententes/liste_ententes_conclues.htm

Le handicap du mode de scrutin actuel

Texte paru une première fois le 29 janvier 2004 dans le cadre de la Saison des idées du Parti québécois


De la division naît la pérennité du règne...

Un peu d'histoire

Dans le dernier chapitre de Pourquoi je suis séparatiste, Marcel Chaput affirme :

« Peut-être avez-vous dit comme bien d'autres d'un ton sceptique: Ah! ce séparatisme n'est pas nouveau; il revient tous les 20 ans.

C'est vrai qu'il n'est pas nouveau, qu'il revient périodiquement. Mais qu'est-ce que cela prouve, sinon qu'il est un sentiment profond de l'âme canadienne-française? Vingt ans, c'est une génération. Et chaque nouvelle génération se dit comme la précédente: « Quelle sorte de peuple sommes-nous donc, nous Canadien français? Les autres peuples du monde son indépendants, sont libres, sont maîtres chez eux. Et nous, nous ne le sommes pas. ... »

En effet, l'histoire politique du Québec est, depuis l'union des deux Canadas, jalonnée de moments où l'on a tenté de former une coalition nationale à l'intérieur d'un parti politique. Parce que l'on croyait impossible de faire élire des candidats indépendamment les uns des autres, ou encore parce que l'on voulait mettre un terme aux divisions politiques internes au sein du corps national, certains ont créé les coalitions suivantes :

  • Le Parti national (Libéraux + conservateurs, 1871)
  • L'Union nationale (Parti conservateur + Action libérale nationale, 1935)
  • Parti Québécois (Mouvement Souveraineté-Association + Ralliement national + RIN, 1968)
  • Union des forces progressistes (RAP + PDS + PCQ, 2002)

L'histoire politique québécoise est aussi faite de schismes au sein des deux principaux partis, les seuls ayant une véritable chance de faire élire une majorité de députés à l'Assemblée nationale, avec le mode de scrutin actuel. Parce qu'on croyait qu'il n'était plus possible de faire avancer le Canada français ou le Québec sur le plan politique à l'intérieur des grandes formations politiques existantes, on a créé les nouveaux regroupements suivants :

  • L'Action libérale nationale (Paul Gouin, ancien libéral, 1934)
  • Le Rassemblement pour l'indépendance nationale (André D'Allemagne en 1960)
  • Le Ralliement national (René Jutras, 1966)
  • Le Mouvement Souveraineté-Association (René Lévesque, ancien libéral, 1968)
  • Le Bloc Québécois (Lucien Bouchard, ancien conservateur, 1990)
  • L'Action démocratique (Jean Allaire, ancien libéral, 1992)

Tous ces partis politiques ont été créés car l'on croyait que les vieux partis politiques étaient inflexibles, fermés aux idées nouvelles ou encore parce que l'on arrivait à l'inévitable conclusion qu'on était trop petit, fractionné et qu'il fallait se regrouper pour aller plus loin.

Ce n'est donc pas un phénomène nouveau que cette volonté de faire cohabiter divers courants politiques au sein d'une même organisation politique nationaliste et, plus récemment, indépendantiste. Il n'est pas nouveau non plus de voir ces tentatives échouer dans leurs objectifs les plus ambitieux, ce qui par le passé a donné lieu à de nouveaux schismes, à de nouvelles factions politiques soit-disant radicales, à gauche ou à droite du centre.

Et pourtant, plus d'un siècle et demi après la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, nous sommes toujours assujettis à un pouvoir politique supranational. Plus d'un siècle et demi après le début de la collaboration de certains anciens patriotes avec le gouvernement colonial britannique, nous sommes toujours incapables de parler d'une seule voix lorsque vient le temps de faire valoir nos propres intérêts nationaux. Nous sommes toujours incapables de faire élire une écrasante majorité de candidats, progressistes et moins progressistes, unis par l'intérêt commun à notre peuple, comme c'était le cas du temps de Louis-Joseph Papineau et du Parti patriote. Quelle peut bien être cette force maléfique qui joue contre nous?

Un obstacle à contourner

Je ne vous cacherai pas que je ne crois pas du tout aux forces maléfiques. Je ne crois qu'à ce qui peut m'être démontré. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas? Pourquoi sommes-nous diviser? Pourquoi n'arrivons-nous pas à faire notre union nationale?

Plusieurs y verront le fruit de l'Indirect Rule britannique qui s'installe véritablement chez-nous après 1840 avec la corruption d'anciens patriotes. Probablement.

D'autres diront, « Ah, mais le Parti patriote de Papineau comprenait l'importance d'universaliser notre cause. Les patriotes avait un journal de langue anglaise qui faisait le pont entre les deux principales communautés de langue du pays. Notre point de vue, proche de celui des Irlandais, était véhiculé chaque jour dans la langue anglaise. Nous n'avons rien de la sorte aujourd'hui. Nous n'avons même pas de quotidien de langue française, alors imaginez dans les autres langues! En conséquence, notre cause n'est plus internationalisée comme aux temps des patriotes, comme elle doit l'être pour triompher. Nous sommes complètement provincialisé. »

Probablement aussi.

Mais il y a aussi la réalité du bipartisme, qui est le produit du mode de scrutin qui est le nôtre, non par choix mais par lègue. Ce mode de scrutin comme d'autres aspect de notre mode électoral, peut être changé. Nos efforts de coalitions de toutes nos forces nationales échouent depuis trop longtemps, et ça ne profite qu'à nos adversaires.

Mon opinion est que pour réussir à mobiliser toutes les forces indépendantistes, il nous faut mettre fin au dualisme politique qui contribue énormément à diviser les forces vives du peuple québécois et rend illusoire non seulement la coalition de tous les indépendantistes mais empêche aussi le plus grand nombre de candidats progressistes d'être élus à l'Assemblée nationale sous la bannière de leur choix. En effet, pour gagner notre bataille il nous faut l'union de toute la gauche et une partie du centre droit. On échoue à coaliser toute la gauche dans un seul parti partout sur Terre, alors imaginez toute la gauche et une partie de la droite!

Comment faire?

Deux façons de résoudre le problème

En complétant la réforme de la représentative des citoyens à l'Assemblée nationale du Québec, réforme débutée par René Lévesque en 1977. En nous donnant un mode de scrutin proportionnel.

Pas un mode compensatoire comme celui que les Libéraux on inventé pour satisfaire l'ADQ sans régler le problème de l'égalité de la représentation: une vrai proportionnelle. Cette réforme nous donnerait la possibilité de contourner l'une de nos plus grandes difficultés, soit celle de forcer tous les nationalistes à voter pour un même parti, pour une même idéologie.

Peu de temps après la création du Parti Québécois en 1968, le RIN vota en faveur de sa dissolution pour éviter qu'il y ait compétition entre plusieurs partis indépendantistes sur la scène politique québécoise. Une telle action, suicidaire, qualifié de « pire erreur politique de ma vie » par Pierre Bourgault, n'aurait pas été nécessaire si le Québec n'avait eu une « démocratie infecte ».

Un scrutin proportionnel et un pacte pré-électoral permettrait d'envisager une coalition gouvernementale indépendantiste composée de différents partis politiques détenant une majorité des sièges et ayant obtenu du même coup l'appui de la majorité de la population.

Même si c'est carrément un non-sens que de forcer la majorité d'un peuple à voter pour le même parti politique, c'est la situation à laquelle nous sommes réduit dans le système présentement en place. C'est dans l'Assemblée nationale que les candidats indépendantistes, de toutes allégeances, doivent se retrouver, sous la bannière de leur choix. À l'Assemblée nationale, ils auront tout le loisir de ne pas s'entendre sur les questions budgétaires et administratives, sur les politiques de la province tout en restant uni sur le projet d'indépendance.

La coalition est nécessaire

La coalition est nécessaire, à l'intérieur ou à l'extérieur du parti. Il n'est pas vraiment possible de passer outre. Or le Parti québécois est un parti de tendance social-démocrate alors que l'électorat favorable à l'indépendance ne l'est pas nécessairement. On peut souhaiter qu'il ne soit, mais il ne l'est pas. Il y a évidemment des indépendantistes dans tout le spectre politique, dans toutes les générations. Tous doivent pouvoir se sentir bienvenue dans notre mouvement même si tous n'ont pas la même vision d'un Québec indépendant.

On pourrait légitimement objecter que le scrutin proportionnel ne favorisera en rien notre mouvement. Que le PQ se retrouverait à cohabiter avec un autre parti, pas nécessairement indépendantiste, une foi élu. Le scrutin majoritaire nous permet de prendre toutes nos décisions nous-mêmes. Ce serait possiblement le cas avec une mauvaise proportionnelle, avec un scrutin qui exigerait un seuil à la distribution pénalisant les petits partis politiques.

J'admets que la proportionnelle, même la bonne, ne résout pas le problème de notre union à elle seule.

Non seulement il nous faut une vrai proportionnelle mais en plus, il nous faut un pacte pré-électoral entre tous les partis favorables à l'indépendance.

Un pacte pré-électoral

Le pacte entre les partis indépendantiste est tout aussi nécessaire que leur coalition en vue de former le gouvernement d'une véritable majorité.

Une fois au pouvoir à Québec, cette coalition aurait toute la légitimité qu'il faut pour mettre de l'avant un projet d'indépendance qui aurait été présenter aux citoyens lors des élections.

Personnellement, je préconise un projet d'indépendance passant par l'instauration d'une assemblée constituante chargée de rédiger la constitution d'un Québec libre. La constitution serait soumise aux voix par un référendum à deux questions, une sur l'indépendance, l'autre sur l'indépendance avec la constitution préparée par la constituante.

Plus d'appuis avec la proportionnelle

La proportionnelle peut-elle nous aider à faire augmenter l'appui à notre projet? Pas exactement. Elle permettrait à un maximum de votes indépendantistes d'être exprimés dans le cadre d'une stratégie s'appuyant sur un pacte entre plusieurs partis dont les bases électorales combinées rejoindraient une réelle majorité d'électeurs.

Bien évidemment, changer le mode de scrutin de convertira personne à la cause de l'indépendance de façon directe. Ça n'aura pas d'effet magique. Par contre, en permettant aux indépendantistes de voter librement selon leur conscience, nous mettrons fin aux guéguerres que se livrent la gauche, le centre, et la droite à l'intérieur et à l'extérieur du PQ. Nous pourrons enfin, comme on l'a déjà écrit à plusieurs reprises, sortir la question nationale de la partisanerie politique. Les Québécois verront que le mouvement indépendantiste est, et c'est comme ça depuis le début, composé de toutes sortes d'individus qui ne pensent pas tous la même chose, mais qui s'entendent sur une façon de résoudre la question nationale.

« Un jour, il faudra parler des modalités du pouvoir. Mais chaque chose en son temps. La raison est simple: c'est que la nation est au-dessus des partis politiques et que l'indépendance est une chose alors que le régime ou l'idéologie politique en est une autre. ...

Pas plus au Québec qu'ailleurs, on ne cherche l'indépendance pour y instaurer un système politique particulier. Quant à moi, l'État souverain du Québec devrait être une république et une démocratie.

C'est pourquoi le Rassemblement pour l'indépendance nationale a été fondé en dehors de toute idéologie politique particulière. C'est parce que la libération de la nation canadienne-française dans l'indépendance est un idéal qui se défend de lui-même. Un jour viendra, prochainement je l'espère, où il faudra que l'aspiration généralisée du peuple canadien-français à l'indépendance et à la liberté descende dans le concret et s'incarne dans un ou plusieurs partis politiques. Car les idées et les idéologies on besoin des hommes pour se réaliser. »

La proportionnelle permettrait à tous les courants politiques de se faire une place au sein du vaste mouvement pour l'indépendance, sans pour autant forcer qui que ce soit à sacrifier ses convictions politiques profondes. Certaines personnes favorables à l'indépendance ne votent pas par apathie ou par conviction. Certains voteraient pour l'indépendance, mais pas l'indépendance liée à un projet social-démocrate. D'autres pensent le contraire. Ils ne voteraient pas pour l'indépendance sans projet de société social-démocrate. D'autres pensent qu'un projet social-démocrate n'est pas assez révolutionnaire.

Ce simple changement de stratégie, non seulement prouverait la maturité politique des indépendantistes québécois, mais aurait aussi pour heureuse conséquence de forcer le choc des idées, au sein du mouvement indépendantiste, sur un ensemble de questions qui ont été évacuées depuis trop longtemps, que nous avons jusqu'ici évitée d'aborder de façon sérieuse. Ces questions seraient débattues librement, ouvertement, et de façon non-partisane.

En somme, dans une coalition à plusieurs partis, nous serions libres de voter pour le parti politique de notre choix. Nous pourrions voter pour le candidat ou la candidate qui nous représente le mieux, donner notre appui aux idées politiques et sociales que nous partageons, tout en ayant l'assurance que notre action ne nuirait pas à la cause de l'indépendance.

C'est tout le contraire d'une coalition partisane comme le PQ, dans laquelle il faut demander aux uns et aux autres de mettre leurs convictions politiques de côté (ils sont trop extrémistes dit-on); il faut parfois même accepter la censure de ses idées. Il faut taire les divergences; il faut des idées populaires, pas nécessairement des idées justes; il faut faire des concessions qui n'ont pas lieu d'être; il faut laisser quelques stratèges improvisés choisir les mots et les slogans; bref, il faut souvent faire semblant qu'on est convaincu alors que l'on ne l'est pas toujours. On ne peut pas être très utile comme militant dans de telles conditions. Lorsqu'en plus on tente de réunir plusieurs individus ou groupes aux idées politiques fondamentalement opposées, c'est la pagaille qui s'installe dans la cabane. Si on accède au pouvoir, il faut suivre une ligne de parti; il faut se plier à la volonté d'un chef charismatique; Il ne faut pas rompre les rangs, il ne faut pas se diviser, il faut rester solidaire dans l'intérêt du parti. Ne sommes-nous pas supposés être solidaire dans l'intérêt supérieur de la nation québécoise?

Une libération pour le Parti québécois

Il aurait peut-être été possible de réformé le Parti québécois, de faire naître les clubs politiques avant que Québec solidaire soit bien implanté. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de retour en arrière possible et c'est peut-être tant mieux.

Le PQ est un parti social-démocrate. Ses militants de longue date ne sont intéressés ni à un virage à droite, ni à un virage à gauche. Il n'est pas très difficile de voir que la proportionnelle libérerait aussi le Parti québécois, qui pourrait enfin élaborer des politiques qui lui ressemblent et cesser de vouloir plaire à tout le monde en même temps. Les autres partis politiques indépendantistes pourraient faire exactement la même chose de leur côté, tout en participant à une même coalition pour l'indépendance. Seul, le PQ n'est pas en mesure d'aller chercher le vote de la majorité lors d'un scrutin. Les sondages lui donnent un appui d'environ 30 à 35% des voix, alors que l'option souverainiste frôle le 50% dans certains sondages récents. Avec la proportionnelle, le PQ sera toujours un parti indispensable, car ce sera le parti ayant le plus d'appuis qui sera appelé à former la coalition gouvernementale. Il nous faudra toujours un parti capable d'avoir plus de votes que les libéraux. Il est clair à mon esprit que seul un parti de centre-gauche peut y arriver.

Avec un peu de bonne volonté, cette coalition indépendantiste que nous envisageons pourrait voir le jour très rapidement. Il ne nous reste plus qu'à rallier le plus grand nombre personnes à l'idée que c'est à nous, les militants péquistes de montrer que l'union des indépendantistes nous tient à coeur et que nous sommes prêts à collaborer avec différents partis au sein d'un mouvement dont nous sommes partie.

Une fois le bipartisme cassé, la coalition de tous les partis indépendantistes se fera d'elle même, par nécessité, puisqu'il deviendra impossible d'accéder au pouvoir autrement.

À défaut de...

À d'avoir d'un mode de scrutin adapté à l'objectif de constituer un corps de représentation légitime, il existe une autre façon de coaliser les forces indépendantistes. Cette autre méthode exigerait une très grande maturité politique de la part des membres de tous les partis favorables à l'indépendance. Cette autre solution est l'entente de non-compétition dans certaines circonscriptions.

L'idée est simple: dans certaines circonscriptions, la compétition entre disons un candidat du Parti québécois et un candidat de Québec solidaire fera en sorte que la pluralité des voix ira au candidat de l'Action démocratique ou du Parti libéral. La solution, dans le cadre d'une entente de non-compétition entre le Parti québécois et Québec solidaire serait qu'un des deux partis ne présente pas de candidat dans cette circonscription.

Par exemple, disons que pour des raisons de calculs des intentions de vote, il est convenu que le Parti québécois ne présente pas de candidat dans ladite circonscription et mette ses militants au service de l'élection du candidat de Québec solidaire. En échange, Québec solidaire ferait la même chose dans une autre circonscription.

Nos politiciens indépendantistes sont-ils amis du bien indépendantistes avant d'être politiciens? Sont-ils plus favorables au progrès de la société québécoise en général qu'au progrès de leur propre parti? C'est la question qu'il faut se poser.

Notes

Texte paru une première fois le 29 janvier 2004 dans le cadre de la Saison des idées du Parti québécois

Le référendum n'est pas une erreur en soi

Texte paru une première fois le 20 décembre 2003 dans le cadre de la Saison des idées


L'erreur fondamentale de la stratégie indépendantiste n'a pu être la tenue d'un référendum en tant que tel. Demander au peuple de se prononcer directement sur une question politique restera toujours la façon la plus démocratique et légitime d'obtenir son appui. Dans le cas d'un changement de régime politique, c'est la seule méthode qui vaille.

Selon moi, s'il y a eu un problème, il se trouvait plutôt au niveau de la fameuse question référendaire. Non pas au niveau de sa clarté, qui ne peut faire l'objet d'un questionnement sérieux à moins d'être politiquement intéressé et démagogue à souhait, mais plutôt au niveau de son contenu. Sans le vouloir, le Clarity Act du gouvernement d'Ottawa nous aura permis de bien réfléchir à la question de la question. C'est à mon avis une grave erreur de la part des nationalistes canadian, erreur qu'ils payeront de leur défaite au prochain référendum.

Mon opinion est qu'en 1995, comme en 1980, nous avons fait la même gaffe : nous avons demandé aux Québécois s'ils voulaient d'un pays dont on ne leur a jamais parlé.

Pour faire un choix face à une question de type référendaire, il est nécessaire, en toute logique, que l'on nous présente un minimum de deux options. Dans le cas où il y en a effectivement deux, l'on choisi entre procéder ou ne pas procéder à une action quelconque. Donc, entre le status quo et l'action proposée.

Le Canada, en tant que pays souverain, existe déjà. Il a sa constitution, ses institutions, son hymne national, ses chèques de vieillesse, son supposé fédéralisme, ses provinces etc. Il existe en tant qu'entité politique ancrée dans le réel. Les Québécois connaissent cette option.

Le Québec souverain, lui, reste à faire. Il nous faut donc, pour offrir une alternative au Canada, pour offrir un autre choix, définir les contours de ce nouveau pays du Québec. L'erreur stratégique des souverainistes a été de demander aux Québécois de choisir entre le Canada et quelque chose d'indéfini. Deux fois de suite en plus. Il a été très facile pour nos adversaires d'exploiter cette lacune.

L'imprécision du projet de nouveau pays était tellement grande que les souverainistes eux-mêmes ne pouvaient pas répondre à des questions aussi banales que : Quel sera approximativement le budget d'un Québec indépendant? Le Québec sera-t-il une République?

Parce que nous n'avions pas de projet politique bien défini, nos adversaires en ont inventé un pour nous. Le Québec, devenu indépendant, deviendrait une République de bananes, le Québec serait un gouffre économique, il serait annexé par les État-Unis, il serait le tiers-monde. Pire encore, on ne s'est pas gêné pour aller plus loin, trop loin, pour faire dans l'impensable, l'absurde, l'ignoble, le malhonnête, en exploitant la mémoire de l'humanité, en évoquant le régime totalitaire, le système politique garantissant la pureté de la fictive « race québécoise ». Vous ne me croyez pas? Vous ne lisez sans doute pas la presse canadienne de langue anglaise.

Voilà le prix que nous avons payé pour n'avoir pas défini les contours du pays que nous voulons, pour avoir toujours répondu que tout serait décidé après le référendum. Ça, c'était donner carte blanche aux plus mesquins de nos opposants. Mais il y avait aussi autre chose qui clochait.

Proposer la souveraineté sans constitution, c'était aussi demander aux Québécois d'avoir une confiance aveugle en leurs chefs politiques.

Même lorsqu'ils désirent sincèrement dire adieu à la fédération canadienne, beaucoup de Québécois ne sont pas prêts pour autant à donner un chèque en blanc à des politiciens, qu'ils soient de Québec ou d'Ottawa, de gauche ou de droite. Depuis le temps que les Québécois se font fourrer d'un bord comme de l'autre, il ne faut pas s'étonner de leur méfiance. Je constate que pour beaucoup d'entre eux, même chez les indépendantistes, il n'est pas question de leur donner la liberté de nous flouer une énième fois.

Les Québécois désirent-ils la souveraineté du Québec dans un régime constitutionnel globalement inchangé? Je ne le pense pas. Je pense qu'une partie importante de la motivation des Québécois pour la souveraineté découle de la possibilité qu'entrevoient plusieurs d'entre eux, dont moi-même, de faire progresser la société québécois à tous les niveaux, entre autre au niveau de sa qualité de vie démocratique.

En septembre 1992, les Français ont voté par référendum en faveur du traité de Maastricht sur l'Union européenne. Ce traité établissait clairement la nature des nouvelles institutions politiques et économiques de l'Europe et les pouvoirs supranationaux de ces dernières. Les Français, les Allemands, les Espagnols, les Grecs etc. ont donc eu le choix entre le statu quo, qu'ils connaissaient d'expérience, et le nouveau cadre politique que l'on avait bien défini dans un traité signé quelque 6 mois plus tôt par divers gouvernement.

Les Français auraient-ils voté en faveur de l'Union européenne sans avoir été au fait, directement par eux-mêmes ou indirectement par d'autres, des 53 articles du traité?

Plus clairement encore, si je vous demandais: « Voulez-vous remplacer votre Hyundai Poney locative par une autre voiture? », vous me répondriez fort probablement « Ã‡a dépend laquelle et à quelles conditions. » .

Si par contre je vous demandais « Voulez-vous remplacer votre Hyundai Poney locative par une luxueuse berline de votre choix, dont vous serez l'unique propriétaire, et sans un sous de plus? », vous me répondriez assurément « Où est-ce que je signe? ».

Si, la prochaine fois, nous organisons une assemblée constituante dont le mandat sera de rédiger notre première constitution, d'établir une citoyenneté québécoise et de produire un calendrier de transfert des pouvoirs, nous aurons enfin la liberté de demander aux Québécois et aux Québécoises de choisir entre une République qui leur appartiendra en propre et une province qui ne leur appartient pas, ne leur a jamais appartenu, ne leur appartiendra jamais. Les Québécois diront-ils non à la seule constitution qu'ils se seraient donnée à eux-mêmes.

Notes

Texte paru une première fois le 20 décembre 2003 dans le cadre de la Saison des idées du Parti québécois

Un petit coup d'oeil en arrière avant de continuer à marcher

Texte paru une première fois en octobre 2003 dans le cadre de la Saison des idées du Parti québécois


Avec une campagne référendaire unilingue française, nous sommes allés chercher environ 60% du vote des francophones, toutes origines ethniques confondues. C'est une victoire inestimable. C'est 10% de plus qu'au référendum de 1980! Nous pouvons maintenant prétendre parler au nom de la majorité des Québécois francophones, de souche québécoise ou d'adoption. Mais comme nous le savons, ce n'est pas suffisant. La majorité d'entre vous êtes familiers avec les statistiques et les analyses publiées au sujet du référendum de 1995. Voici un rappel de quelques points intéressants :

  1. Chez les francophones, notre option passe haut la main chez les 18 à 55 ans, mais ne passe pas chez les plus vieux, nos parents (ou nos grand-parents) qui se voient toujours comme des « Canadiens français du Québec » dans une confédération sacrant l'égalité entre les Français et les Anglais.
  2. Notre option ne passe pas chez les femmes. C'est un triste constat lorsqu'on considère la proportion élevée de militantes dans nos rangs depuis les tout débuts du mouvement indépendantiste. Que nous manque-t-il pour convaincre une majorité de femmes?
  3. Notre option ne passe pas chez les Autochtones, alors qu'ils ont tout à y gagner eux aussi selon moi. Aucune majorité au monde ne comprend la situation des cultures minoritaires mieux que nous. Que nous manque-t-il pour les rallier?
  4. Les enfants de la loi 101 sont éduqués et très nombreux à être souverainistes, mais pas toujours pour les mêmes raisons que leurs parents. Les temps ont évolués depuis 1977. Le discours change et c'est tant mieux. Le connaissons-nous bien ce nouveau discours? Je bien peur que non.
  5. Le champ de bataille se trouve encore et toujours sur l'île de Montréal, lieu de rencontre des francophones, des anglophones, des allophones, des nouveaux arrivants et des touristes! Pour beaucoup de gens, Montréal, c'est le Québec. Pour plusieurs autres, Montréal, c'est... le Canada! Pour les uns, les anglophones sont francophobes. Pour les autres, les francophones sont xenophobic...
  6. Nous avons fait une percée chez quelques communautés culturelles : latino-américaine, sénégalaise, marocaine, algérienne, libanaise, syrienne, palestinienne, haïtienne, et vietnamienne. Malgré tout, la majorité de la population d'immigration récente vote contre notre idée d'un pays québécois.
  7. Les anglo-montréalais, les anglophones originaires des autres provinces canadiennes et les différentes communautés culturelles intégrées à l'univers anglophone depuis une ou plusieurs générations ont peur de nous. Ils votent à plus de 90% contre ce qu'ils appellent la separation, qu'ils associent à de la division, de l'exclusion, de l'ethnocentrisme.
  8. Les jeunes anglophones sont aujourd'hui très fortement bilingues. Ils nous comprennent lorsque nous parlons, nous, les francophones. Ils votent contre la séparation, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec celles de leurs parents. Ils croient sincèrement que la belle diversité de Montréal est le résultat du Canadian multiculturalism de Trudeau.

Un nouveau défi à relever

Le défi du mouvement indépendantiste est de faire augmenter de façon significative le vote chez les minorités non francophones, les autochtones, les femmes et les personnes âgées. Comment y arriver?

Je n'ai pas toutes les réponses bien sûr, mais j'ai quelques idées sur la question. Mon opinion est qu'il est plus que temps de faire une offensive à l'international en passant par le multilinguisme. Pour cela, il faut donner toute la place possible aux indépendantistes issus des communautés culturelles. Après tout, jusqu'à ce que nous ayons de vraies ambassades, ces hommes et ces femmes sont notre meilleur lien avec le monde extérieur. Avec eux, nous devons élaborer plusieurs argumentaires indépendantistes qui emploient le vocabulaire et les référents culturels des plus importantes communautés immigrantes du Québec.

Je vous invite à lire les articles suivants sur le site Vigile : Salomon Cohen: envers et contre tous et Pour en finir avec le vote ethnique. Aussi, très beau et touchant même, le poème Speak What de Marco Micone.

L'augmentation de l'appui des non-francophones est à mon avis la clé d'une victoire retentissante de notre mouvement. Pourquoi est-ce que je dis ça?

C'est mon opinion qu'il nous est impossible d'aller chercher plus de votes chez les francophones avec les mêmes arguments et contre les médias fédéralistes. Elvis Gratton est une cause perdue. En revanche, il y a plein de Khadir, de Arshadi, de Toussaint, de Nguyen, de Cotroni, de Tselalis, et de Diouf qui n'ont même jamais entendu nos arguments en faveur de l'indépendance nationale. Ils ne connaissent trop souvent que les motifs douteux que nous prêtent certains de nos adversaires politiques. Ces arguments fallacieux que l'on emploient pour inciter les non-francophones à se méfier des méchants séparatistes que nous sommes doivent être court-circuités une fois pour toute. Nous devons reconstruire notre argumentaire de sorte qu'il se disent de la même façon en français, en anglais, en allemand et en arabe, mais décliné au moyen d'exemples dont les référents culturels sont adaptés au contexte de chaque population

Les Québécois francophones qui votent « non » ont présentement une image très négative de notre option. Ils ont peur d'être identifiés à ce « nous » ethnique fabriqué par nos ennemis politiques avec l'aide des médias fédéralistes. Ils ne veulent pas s'identifier à un Québec qui n'est pas inclusif et ils ont raison : nous non plus! Par contre, ils ont tort de nous juger moins ouverts d'esprit qu'eux. D'où tiennent-ils une idée pareille? Une propagande laissée sans réponse fait nécessairement des ravages... Il est impératif que dorénavant nous prenions les moyens qu'il faut pour répondre à ce qui se dit sur notre compte dans les médias anglophones.

Les Québécois qui n'ont pas de racines canadienne-françaises comprennent mieux que quiconque le caractère universelle de notre cause. Ils sont la preuve vivante que le Québec appartient à tous ceux qui veulent en faire partie. De leur points de vue particuliers, ils peuvent révéler le Québec aux autres avec des mots que nous n'avons pas. Avec l'appui de dizaines de milliers de Québécois originaires de pays étrangers, nous serions beaucoup plus convaincants et encore plus convaincus nous-mêmes (si c'est possible).

Si nous augmentons le vote des non-francophones de façon significative, nous irons aussi chercher des dizaines de milliers de Québécois de souche de façon indirecte, car la peur d'être perçu par les autres comme appartenant à un groupuscule à l'esprit étroit n'existera plus. L'image négative du Québec qu'on leur a mis dans la tête s'évanouira comme un mauvais rêve. Ils comprendront alors, je l'espère, qu'un Québec français n'est pas un rejet des autres, mais une acceptation de soi qui est nécessaire pour s'ouvrir aux autres : c'est un point de départ équilibré et juste auquel nous ne devons jamais renoncé tout en précisant bien à chaque fois que Québec français n'est pas incompatible avec une vie communautaire anglophone et l'indépendance des autochones. Comme par un effet d'entraînement, ils suivront cette majorité ouverte et bien décidée que nous formerons alors.

Notre cause est noble et juste. Qu'attendons-nous pour le dire au monde entier en allant parler à tous ces Néo-québécois que nous ne connaissons presque pas et qui nous connaissent si mal?

Propositions

Et maintenant, voici quelques propositions de mon cru pour que ces belles paroles se transforment en actions concrètes :

  1. Nous devons faire la promotion de l'indépendance en français, en espagnol, en anglais, en arabe, en hébreux, en italien, en grec, en créole, et en vietnamien au minimum. « Vive la différence! », « vive la liberté! », « vive la démocratie! » se disent très bien dans toutes les langues humaines. Mettons enfin le multilinguisme au service de notre cause nationale. Préparons-nous tout de suite à une campagne référendaire où il ne faudra pas seulement convaincre les Québécois d'origine canadienne-française, mais les Québécois de chacune des nationalités fortement représentées dans la région de Montréal.
  2. Nous devons organiser un festival célébrant l'indépendance des peuples de la terre pour ainsi replacer notre cause dans sa perspective historique et universelle toute légitime. Lorsqu'ils viendront de partout sur Terre pour dire aux Québécois de se lever debout, notre travail sera beaucoup plus facile. Et après tout, les festivals, c'est notre spécialité!
  3. Je suggère que nous proposions une entente de partenariat économique et politique sérieuse non pas aux Canadiens anglais qui n'en n'ont rien à branler, mais aux 10 peuples amérindiens et au peuple inuit. Ça risque de les intéresser beaucoup plus. Avec un peu de volonté, nous serions même capable de leur offrir une petite révolution tranquille.
  4. Je crois impératif de faire valoir notre point de vue dans la langue de Shakespeare. À cette fin, je propose que le mouvement indépendantiste se dote d'un journal de langue anglaise. Il pourrait par exemple être nommé The New Vindicator, en mémoire du journal patriote fondée en 1828 par le Québécois d'origine irlandaise Daniel Tracey.
  5. Pour convaincre les personnes agées, je suggère que nous développions une stratégie de dialogue intergénérationel tel que suggéré par Bernard Landry. Il faut inviter les gens de l'âge d'or à voter pour leur enfants et leurs petits enfants qui, comme nous le savons, votent majoritairement pour l'indépendance nationale.

Notes

Texte paru une première fois en octobre 2003 dans le cadre de la Saison des idées du Parti québécois