Si la domination doit se poursuivre...
Par Mathieu Gauthier-Pilote, lundi 4 juin 2007 à 16:25 :: Textes d'opinion :: #14 :: rss
Si la domination étrangère du Québec doit se poursuivre à vitam eternam, si la subordination de la société québécoise à un pouvoir extérieur n'est que fatalité, alors j'exige, au nom de tout ce qui est juste et saint, que les Québécois obtiennent, en contrepartie de leur malheur héréditaire, le droit de choisir eux-mêmes, de la façon la plus démocratique qui soit, leur propre dominateur.
Las d'une supervision coloniale d'abord française (1608 - 1759), puis anglaise (1759 - 1841), puis à la fois anglaise et canadienne-anglaise (1841 - 1931) et finalement canadienne-anglaise seulement (1931 - ), les peuples du Québec désirent certainement changer de poison.
Ne serait-il pas distrayant en effet de subir pendant quelques temps, tour à tour, tantôt le joug hispanisant et socialisant du régime cubain, ou une supervision hellène toute philosophique, ou une prison politique à la turque, ou une oppression irlandaise toute en gaieté et compassion, ou encore une rigide, inflexible, austère mais fort pédagogique subordination allemande ?
Face à l'injustice et l'humiliation d'une domination stérile qui commence à être ennuyeuse pour les deux parties, je demande, au nom de tous mes concitoyens québécois, les morts autant que les vivants, qu'on change l'accent et le drapeau de nos maîtres et ce de façon périodique et à intervalle régulier.
En conséquence, je demande que nous puissions nous-mêmes désigner notre dominateur par un tirage au sort effectué parmi les États volontaires reconnus par l'ONU depuis au moins 30 ans, un peu comme l'on désignait la plupart des magistratures aux jours glorieux de la démocratie athénienne. Le pays dominateur, ainsi désigné, se devrait d'être aussi tyrannique que bon lui semble pour une période d'exactement 1000 jours. Au terme de son mandat, il perdrait son éligibilité et serait retiré du lot jusqu'à ce que tous les États volontaires aient occupés le Québec tour à tour. Et alors on recommencerait, à vitam eternam.
Et bien décidé à ne jamais déterminer notre avenir politique nous-mêmes, à laisser l'impérialisme, domestiqué par le principe démocratique, nous guider là où les intérêts étrangers nous pourraient mener, nous n'aurions plus qu'à prier tous les dieux, de toutes les religions sans discrimination aucune, et espérer, à genoux, que nos dominateurs soient plus souvent bons et généreux que méprisants et cupides, plus souvent des anciennes colonies africaines pleines de vie et d'humanité, que des métropoles européennes en mal de puissance s'imaginant être héritières de l'Empire de Rome.
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